La loi des séries
par PM31000. Temps de lecture moyen : environ 2 minutes.
Souvent, pour le photographe la série est une nécessité : à partir du moment où il prend le parti pris de la photographie plasticienne, tout le monde lui conseillera de développer sa dernière trouvaille en une série. Plus elle sera homogène, mieux ce sera. Il faut conserver une petite dose de variabilité (après tout, on ne peut pas montrer toujours la même image), mais en gros, il est recommandé de rester dans des frontières raisonnables d'uniformité. Sinon, nous dit-on, l'amateur d'art ne pourra pas comprendre l'intention, ni apprécier le "message".
Au delà de ces considérations, contestables si elles ne sont que destinées à satisfaire le marché de l'art et à atteindre la notoriété, il faut bien avouer que le photographe est souvent attiré par les séries. Les séries d'images, mais aussi les sujets représentant des séries d'objets. De beaux alignements sont toujours irrésistibles, graphiquement, mais il y a aussi quelque chose d'autre, d'un peu mystérieux dans le désir de les capter, qui va au delà de la simple intention graphique.
Fondamentalement, le photographe est, je crois, un collectionneur d'évènements. Toutes les photographies réalisées au cours d'une vie de photographe font chacune partie de séries plus ou moins conscientes qui se constituent au cours des années. Les images sont liées entre elles par des liens invisibles et forment des collections qui s'entrecroisent. Je ne crois pas à l'image unique qui serait un aboutissement en elle-même (ou alors, c'est la "belle image", fruit du hasard et d'une simple maîtrise technique).
Quoi de plus naturel aussi que d'être attiré par les sujets multiples, accumulations d'objets, répétitions de motifs ? Le sujet idéal dans une époque de consommation à outrance. Mais ce n'est pas seulement une dénonciation par l'image, plutôt une fascination. Montrer une série d'objets (en une ou plusieurs images), c'est abstraire puisque il n'est plus question de se concentrer sur un seul sujet (phénomène). La série permet d'envisager le sujet comme symbole. Un peu la différence qui existe entre l'individu et la foule. Une approche plus sociologique en quelque sorte.
PS : suite à l'écriture ce cet article, j'ai pris connaissance de l'excellent article sur le même sujet paru au même moment sur le célèbre site galerie-photo.com : http://www.galerie-photo.com/serie-en-photographie.html. Lecture recommandée !
Il n’empêche que parfois, avec certains artistes (pas vous !) les séries semblent vraiment une exploitation à fond d’une seule idée. Alors quand il y en a plein une galerie, c’est un peu c….t !
Article intéressant en tous cas.
JLD