iA


Utiliser les images des autres

par Pierre Movila. Temps de lecture moyen : environ 3 minutes.

Peut-on prendre les images des autres pour les faire siennes en les utilisant comme matière première de sa propre oeuvre ?

C'est une question qui se pose vraiment depuis que les moyens de reproduction d'images existent, donc dès l'origine de la photographie. Le droit en France est clair : l'emprunt d'une oeuvre n'est possible que s'il y a une véritable création ajoutée. Ainsi la photographie de reproduction d'un tableau destinée à la publication d'un livre, comme une monographie du peintre, n'a même pas le statut d'oeuvre, et ne peut faire l'objet de droits d'auteur.

Evidemment, toute la difficulté réside dans la limite à trouver entre le plagiat et la ré-interprétation. C'est une problématique juridique qui est souvent difficile à juger, car elle repose beaucoup sur la perception de la réalité de l'acte artistique.

Au delà de ces considérations, apparait un dilemme qui touche beaucoup d'artistes contemporains. Comment décrire le monde actuel et ignorer que nous sommes entourés d'images ? En d'autre termes, comment ne pas reproduire les images faites par d'autres dans de nouvelles oeuvres ? 

Movies Snaps # 4 – Pierre Movila 2002

Andy Warhol a ouvert la voie avec ses reproductions de boites de soupe ou de paquets de lessive. Avant lui, on peut même citer Marcel Duchamp et ses "ready made" qui transforment en oeuvre des objets usuels rien que par l'acte de les nommer comme tels.

Une chose m'a toujours étonné : pourquoi ne voit-on que très rarement des téléviseurs dans les oeuvres contemporaines ? Pourtant, si vous regardez autour de vous, chaque jour vous êtes entourés d'images télévisées. Donc on peut dire qu'elles font partie du réel, et qu'il n'y a aucune raison valable de les faire disparaitre des oeuvres documentaires.

J'ai toujours été fasciné par les images, de tous types, et lorsque je regarde une scène urbaine dans mon viseur d'appareil photo, je vois les images des publicités, des journaux, de la télévision qui font irruption dans le champ d'une manière exacerbée, comme si elles m'appelaient pour que je les remarque.

Il y a une dizaine d'années j'ai commencé à prendre en photo les écrans de télévision, pour la série des Movies Snaps. Je n'ai pas utilisé un système de capture numérique du signal vidéo. Parce que, ce qui m'intéressait, c'était de considérer les images qui font partie du réel, telles qu'elles s'incrustent dans notre quotidien. Je les ai donc prises avec un appareil argentique, directement pointé sur l'écran, sans artifice, dans le temps réel de la télédiffusion.

Comme toutes les photographies, celles qui reproduisent une image TV racontent une autre histoire, révèlent d'autres choses que ce qu'elles sont censé transmettre initialement. Et de ce fait, elles disent beaucoup sur ce que nous sommes. Même si ce n'est pas simple à décrypter.

Reste à savoir s'il s'agit d'une reproduction ou d'une oeuvre.

Pas de commentaires sur ‘Utiliser les images des autres’

Laissez un commentaire