2000-2009
Depuis 2000, Pierre Movila a développé plusieurs séries de travaux, la plupart orientés autour de la notion d'image comme témoignage.
Voici les principales :
- Les Movies Snaps
Extraits de films en noir et blanc, directement photographiés devant l'écran cathodique, les Movies Snaps nous racontent d'autres histoires que celles dont elles sont extraites. La déformation due à l'angle de vue, au déplacement de la caméra du cinéaste et aux longs temps de pose, forme une image étrange, fantomatique par bien des aspects. Qui sont ces gens ? Que font-ils ? De quelle époque viennent-ils ? Autant de questions qui restent sans réponse mais qui tissent d'étranges relations avec notre propre destinée.
La série Movies Snaps est constituée de grands tirages sans cadre (90cm x 90cm) bordés de larges marges de couleur vive, autant de fenêtres sur un monde qui est à la fois le rêve et notre réalité. Chaque image a été tirée à 5 exemplaires.
Les Movies Snaps ont été exposés pour la première fois à Nice, durant le Septembre Off de la Photographie, en 2002.
- Les PixSnaps
Les appareils de réception satellite permettent de recevoir un flot d'images numériques sur nos écrans de TV. Les programmes de télé-réalité nous envahissent et remplissent la grille horaire de centaines de chaines. Au point que cette réalité à distance devient une extension de notre réel quotidien, et peut même générer un syndrome de manque pour certains "accros".
Et puis, il survient un incident : l'antenne parabolique se désaxe, un faux contact se fait, ou un oiseau se pose sur le transpondeur. Alors, l'image, si belle et tellement lisse auparavant se déstructure en blocs décalés, avec des défauts de couleur, des lignes parasites, des pixels énormes. C'est à cet instant qu'on comprend la fragilité du télé-réel qui n'est qu'un leurre numérique, crédible quand tout va bien, mais éphémère et volatile.
La série est composée de tirages de 60 x 60cm, sans cadre (contrecollé sur Dibond) à la forme irrégulière, en série de 5 exemplaires par image. Un livre d'artiste reprend la série, édité à 10 exemplaires.
Les PixSnaps ont été exposés pour la première fois en 2001 à Los Angeles, à la Galerie 1060, en 2001.
- MTA People
Pierre Movila nous explique :
" En résidence à New-York l’été 2007 dans un appartement de la W76th, j’ai rencontré un jour mon voisin de palier avec qui j’ai sympathisé. Il m’a expliqué qu’il travaillait à temps partiel pour le MTA (Metropolitan Transportation Authority, la régie des transports de New-York) comme contrôleur du métro. Il m’a expliqué en quoi consistait son travail.
Toute rame de métro à New-York transporte avec les passagers un conducteur et au moins un contrôleur dont le rôle est d’assurer la sécurité et d’annoncer les entrées en station par système d’interphone.

Le travail du contrôleur est très systématique : à l’arrivée en station, une annonce dans l’interphone, ouverture des portes et renseignements éventuels aux passagers qui se présententdevant la fenêtre ; avant le départ, un regard à droite puis à gauche pour vérifier qu’aucun passager n’est coincé dans une porte, coup d’oeil en haut vers l’écran télé qui montre les endroits inaccessibles au regard du quai, et enfin signal au conducteur pour repartir.
La scène se déroule toujours au même endroit du quai, les rames successives s'arrêtant aux mêmes repères. L’ordre de la séquence est immuable et se répète comme un travail à la chaine pendant toute la durée du poste. Le contrôleur doit impérativement s’équiper (à son initiative) de lunettes de protection, et éventuellement de bouchons d’oreilles, et porter l’uniforme du MTA.

Certains ajoutent à l’équipement obligatoire un gant protecteur pour éviter les blessures provoquées par l’ouverture et la fermeture répétées de la fenêtre. L'uniforme officiel comprend normalement une casquette haute avec le numéro d'immatriculation de l'agent. Celle-ci n'est plus guère portée par les jeunes recrues.
Près de 80% des contrôleurs sont afro-américains, les autres majoritairement d’origine hispanique. Il y a pratiquement autant de femmes que d'hommes, souvent issus de milieux sociaux très modestes".
Cette série a été réalisée sur la ligne 1 de Manhattan dans les stations du Upper West Broadway en juillet 2007. Pour ne pas perturber les personnes photographiées et conserver intacte leur expression, les images ont été réalisées sans éclairage d'appoint ou flash, ce malgré des conditions de lumière très difficiles car le métro new-yorkais est très peu éclairé.
La série a été présentée pour la première fois durant le Festival ManifestO de l'image contemporaine de Toulouse en 2008.
- Les Linceuls
"Les Linceuls de Pierre Movila sont des autoportraits réalisés avec un scanner. Le visage écrasé sur la plaque de verre, la “photographie” sans appareil photo est prise le temps du balayage de la barre éclairante, le visage étant déroulé durant la “prise de vue”. Il n’y a pas de trucage, pas de photomontage, juste la conjonction de la performance de l’artiste et d’un matériel informatique détourné de son usage habituel.

C’est un jeu avec le temps, qui permet de briser la perspective (le déroulement du visage conduit à une image étirée) et de raconter quelques secondes de l’existence, soit un temps bien plus long qu’une pose classique pour une photographie. Ce mode d’acquisition de l’image se rapproche de l’imagerie japonaise qui décrit des scènes où le temps se déroule de gauche à droite, laissant réapparaitre les personnages en plusieurs endroits à mesure que leurs aventures avancent. Egalement, on peut penser à la pratique païenne qui consistait à enduire le visage des défunts d’un colorant végétal et d’appliquer un ligne blanc pour obtenir une dernière image, sorte de photographie primitive.

Evidemment, on pense aussi à la tradition latine chrétienne, selon laquelle Bérénice (Sainte Véronique) aurait bravé la foule hostile lors du chemin de croix et aurait utilisé le voile qui couvrait sa tête pour essuyer le visage du Christ pendant sa Passion. L'image du visage de Jésus aurait miraculeusement été recueillie sur ce linge qui prit aussi le nom de Sainte Face. Cet épisode n'est pas rapporté par les Évangiles, on peut donc penser qu’il s’agit d’une légende populaire, dont la trace remonte au XVeme siècle. Etymologiquement Véronique signifie vera-iconica, ”l’image vraie”, littéralement. On dit aussi que Sainte Véronique est la sainte patronne des photographes.
Tout cela nous apprend à mieux renouveler la nature de l’image photographiée : oui, on peut faire des photographies sans appareil photo, mais toujours avec la lumière ; non, la perspective unique imposée par les solutions optiques des appareils photo conventionnels n’est pas la seule vision du monde possible ; oui, on peut réaliser un portrait où chaque élément provient d’un temps différent. Et le tout nous est livré par des autoportraits grotesques mais pleins d’humilité, comme la preuve irréfutable de la vanité qu’il y a à vouloir se représenter avec fidélité."
Traduit de l’anglais d’après Nates Thomas – VM/Vernissage Magazine – 2005
- Fusions
Les prises de vues ont été réalisées fin 2006, à Washington DC, USA, sur du matériel spatial datant des années 60‐70, conservé par la NASA. Suite à un procédé de fusion d’images, Pierre Movila élabore des oeuvres complexes, enchevêtrements de formes techniques difficiles à identifier qui forment une sorte de machinerie infernale aux couleurs ultra‐saturées.

La dimension imposante des tirages d’exposition (120x60cm) nous fait plonger dans une profusion de détails et de couleurs et révèle une expression plastique à de multiples échelles. Ni tout à fait pop‐art, ni vraiment documentaires, ce sont des oeuvres inclassables troublant la perception commune, abstraction multicolores vues de loin autant que clichés figuratifs haute résolution vues de près.
Aucun élément graphique n'a été surajouté, il s'agit juste d'une fusion de 2 ou 3 images.
Les tirages sont au format 60 x 90cm, sur Dibond et face-image plexi (PPMA coulé).
- Metapixels
Les Metapixels sont des oeuvres composites, formées de 65 sous-images élémentaires. Chaque image a sa propre vie, et beaucoup pourraient être exposées seules. L'ensemble prend une autre dimension et décrit une scène complexe et pleine jusqu'à l'étouffement.
Les images élémentaires sont constituées de points (les pixels). Elles forment à leur tour les briques de base de l'oeuvre entière, d'oû le terme de "méta-pixels".
La disposition non jointive oblige le spectateur à considérer les détails de l'oeuvre comme autant de scènes indépendantes, ce qui met en évidence la fractalité évènementielle de la réalité.
Cette image fait partie d'une série de 16 oeuvres réalisées durant l'été 2007 à New-York.
Dimensions : 175cm x 83cm. 65 images disposées en un panneau de pochettes polyvinyl transparentes.
- Off-Set
Off-set est une oeuvre très graphique, mais qui puise sa source dans la photographie, même si ce n'est pas évident de prime abord.
Il s'agit de plaques offset, reproduisant une image de la façade gothique de l'église de St Riquier (dans la Somme). La plaque provient d'un journal quotidien régional qui conservait dans ses archives d'anciens clichés reproduits par procédé de photogravure.
Pierre Movila utilise la plaque comme un tampon, encré de différentes manières, avec des mélanges eau-sel-huile, et passé à la presse sur papier aquarelle. C'est donc bien un procédé original et alternatif de photographie qui est utilisé pour produire ces images toutes différentes. Ce système permet d'explorer et mettre en évidence le phénomène de variations à partir d'un même cliché, par la simple modulation opératoire du système de reproduction.
La série comprend plus de 10 épreuves originales qui ont été ensuite numérisées et reproduites à nouveau sous forme d'ensembles "mosaïque".
- Recto-Verso
Comment repenser le portrait ? En offrant plus.
Les recto-verso de Pierre Movila proposent une idée simple : il faut compléter le portrait de face par un cliché de dos.
La recto-verso sont donc des diptyques, d'une série de jeunes adultes, sans préparation, dans leurs habits du jour. La prise de vue est volontairement neutre, sans pose, de style strictement documentaire. Qu'apporte le verso ? Des détails vestimentaires, mais aussi une nuque et une coiffure, une attitude (souvent plus détendue que de face). Le regard du modèle ne nous interpèle pas sur la vue du dos, et on peut donc plus facilement observer sans être dévisagé.
La série des Recto-Verso est constituée d'un série de 16 diptyques de grande taille, d'un format 180cm x 100cm.
- Une autre vision de la recherche
Stéréogrammes de type anaglyphes.
Commande du Festival de la Science NOVELA à Toulouse, organisé chaque année par la Mairie de Toulouse.
Texte introductif de l'exposition :
La recherche est un art. L’art est une recherche. Il y a plus de points communs entre le chercheur et l’artiste qu’on pourrait le croire de prime abord. Les deux partagent d’abord une curiosité insatiable, une envie de découvrir. Et un certain penchant pour les chemins non conventionnels qui permettent, parfois, d’atteindre une connaissance nouvelle ou d’accéder à des beautés inexplorées.
Avec cette série de portraits photographiques de chercheurs, l’idée première était de faire entrer le spectateur dans les lieux de la recherche. Aucune mise en scène, pas de préparation ou d’arrangement esthétique. Juste un instantané documentaire du chercheur là où il cherche, là où il vit sa passion. Accompagné d’images en gros plan de quelques objets qui font son quotidien. Avec cette opération, le travail essentiel du photographe est fait : apporter au spectateur la réalité transportée d’un autre lieu, comme on le ferai en amenant au laboratoire un échantillon prélevé de la nature. Tout en assumant l’influence des interférences entre l’opérateur et le réel.
Ensuite, c’est l’histoire d’un choix : celui d’expérimenter une technique photographique un peu particulière, la stéréoscopie. Images en « relief », obtenues avec l’aide d’un appareillage non conventionnel, constitué de deux appareils photos couplés permettant la captation de vues parallèles simultanées. Technique qui demande d’innombrables tâtonnements et l’usage d’un matériel un peu « prototype ». Autre point commun chercheur – photographe.
Et puis, il y a le spectateur, à qui on demande de prendre une posture d’expérimentateur à son tour, puisqu’il faut mettre des lunettes spéciales pour observer et retrouver le relief. C’est une démarche active qui s’apparente à celle du scientifique qui doit adapter ses moyens de perception pour découvrir ce qui est caché. Et là, c’est le désir de partage qui s’exprime. Partage d’un émerveillement, du plaisir d’une découverte, ou même simple amusement d’un instant.
Et au total, c’est un hommage. Celui qui s’adresse à ces héros invisibles, ces inconnus remarquables que nous, grand public, nous imaginons sans connaître. Mais que nous sentons bien comme messagers indispensables d’un avenir à venir.
Pour voir l'image en relief, utilisez des lunettes rouge-vert spéciales anaglyphes.








